Epreuve d’explication de texte (6h30) : le langage
Expreuve de dissertation (7h) : le réel

Sujets :
Epreuve d’explication de texte :
Au choix :
texte 1 : Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, Livre III, chapitre 2, § 1-2 (traduction Coste modifiée)

Quoiqu’un homme aît une grande diversité de pensées, et telles que d’autres hommes en peuvent recueuillir aussi bien que lui, beaucoup d’utilité et de plaisir ; elles sont pourtant toutes renfermées dans son sein, invisibles et cachées aux autres, et ne peuvent se rendre d’elles mêmes manifestes. d’elles-mêmes. Comme on ne sauroit jouïr des avantages et des commodités de la societé sans une communication de pensées, il était nécessaire que l’Homme inventât quelque signes extérieurs  et sensibles par lesquels ces Idées invisibles dont ses pensées sont constituées, fussent portées à la connaissance d’autrui. Rien n’était plus propre pour cet effet, eu égard à la fécondité ou à la promptitude, que ces sons articulés qu’il se trouve capable de former avec tant de facilité et de variété. Nous voyons par-là, comment les MOTS qui étaient si bien adaptés à cette fin par la Nature, viennent à être employés par les hommes pour être signes de leurs idées ; non par quelque liaison naturelle qu’il yaurait entre certains sons articulés et certaines idées, car en ce cas-là il n’y aurait qu’une seule langue parmi les hommes; mais par une institution arbitraire qui fait quetel mot est fait volontairement la marque de telle idée. Ainsi, l’usage des mots consiste à être des marques sensibles des idées ; et les idées dont ils tiennent lieu sont leur signification propre et immédiate.

Comme les hommes se servent de ces signes, ou pour enregistrer leurs propres pensées, afin de soulager leur mémoire ; soit, si j’ose ainsi dire, pour extérioriser leurs idées et les exposer aux yeux des autres hommes ; les mots, dans leur première et immédiate signification, ne signifient autre chose que LES IDEES DANS L’ESPRIT DE CELUI QUI S’EN SERT, quelque imparfaitement ou negligemment que ces Idées soient tirées des choses qu’elles sont supposées représenter. Lorsqu’un homme parle à un autre, c’est afin de pouvoir être compris; et le but de la parole est que ces sons comme marques puissent faire connaître ses idées à son auditeur. Dès lors, ce dont les mots sont les marques, ce sont les idées du locuteur ; et  personne ne peut les appliquer, comme marque, immédiatement à autre chose qu’aux idées qu’il a lui-même : car ce serait en faire des signes en même temps que n’en faire pas des signes de ses idées ; et par cela même, faire qu’ils n’aient, effectivement, aucune signification. Les Mots étant des signes volontaires, ils ne peuvent être des signes volontaires qu’on attribue à des choses qu’on ne connait point. Ce serait en faire des signes de rien, des sons dénués de toute signification.

ou texte 2 : Wittgenstein, Le Cahier bleu [27-29] (traduction Goldberg-Sackur modifiée)

Les philosophes parlent souvent de procéder à des enquêtes, à des analyses sur le sens des mots. Mais n’oublions pas qu’un mot n’a pas de sens qui lui soit donné pour ainsi dire par une puissance indépendante de nous ; de sorte qu’il pourrait ainsi y avoir une sorte d’investigation scientifique sur ce que les mots veut réellement dire. Un mot a le sens que quelqu’un lui a donné.
Certains mots ont plusieurs sens clairement définis. Il est facile de dresser une table de ces sens. Mais il y a des mots dont on pourrait dire : ils sont utilisés de mille façons différentes qui s’enchevêtrent progressivement les unes dans les autres. il n’est pas étonnant qu’on ne puisse pas dresser une table de règles strictes pour l’utilisation de ces mots.
Il est faux de dire qu’en philosophie nous envisageons un langage idéal, par opposition à notre langage ordinaire. Car cela donne l’impression que nous estimerions pouvoir améliorer le langage ordinaire. Mais le langage ordinaire se porte fort  bien. A chaque fois que nous fabriquons des « langages idéaux », ce n’est pas pour les substituer à notre langage ordinaire ; mais seulement pour éliminer un certain embarras produit dans l’esprit de quelqu’un du fait qu’il pense avoir saisi la manière exacte d’utiliser un mot commun. C’est aussi pourquoi notre méthode n’est pas simplement d’énumérer des usages existants des mots, mais plutôt d’en inventer délibérément de nouveaux, certains d’entre eux en raison même de leur apparente absurdité.
Quand nous disons qu’au moyen de notre méthode, nous essayons de contrecarrer la force trompeuse de certains analogies, il est important de comprendre que l’idée qu’une analogie soit fallacieuse n’est rien de nettement défini. Il est impossible de tracer une frontière nette autour des cas où nous dirions que quelqu’un s’est égaré du fait d’une analogie. L’usage d’expressions élaborées sur des patrons analogiques accentue des analogies entre des cas souvent éloignés. Et ce faisant, ces expressions peuvent être extrêmement utiles. Dans la plupart des cas, il est impossible de montrer le seul exact à partir duquel une analogie commence à nous égarer. Chaque notation particulière souligne un point de vue particulier. Si, par exemple, nous appelons nos investigations « philosophie », cet intitulé, d’un côté, semble convenir, d’un autre côté, il a incontestablement égaré bien du monde. (On pourrait dire que le sujet qui nous occupe est l’un des héritiers de celui qu’on avait l’habitude de nommer « philosophie ») Les cas à propos desquels, particulièrement, nous souhaitons dire que quelqu’un est égaré par une forme d’expression sont ceux à propos desquels nous dirions : « Il ne parlerait pas ainsi s’il se rendait compte de telle différence dans la grammaire de tels et tels mots, ou de ce qu’il est possible d’exprimer de cette autre façon », et ainsi de suite. Ainsi, nous pouvons dire de certains mathématiciens philosophes qu’ils ne se rendent manifestement pas compte de la différence qu’il y a entre les nombreux usages du mot preuve ; et qu’ils n’envisagent pas clairement la différence qu’il y a  entre les usages du mot espèce quand ils parlent d’espèces de nombres, d’espèces de preuves, comme si le mot « espèce » signifiait ici la même chose que dans le contexte « espèces de pommes ».

Epreuve de dissertation
Sujet :

Qu’y a-t-il au-delà du réel ?
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